« J’suis large » ou la mauvaise évaluation chronique des plannings
Je suis psycho-rigide, j’aime l’ordre, l’obligation, les plannings et les calculs statistiques prévisionnels. Non, je ne dors pas dans une chambre où les murs sont molletonnés, je ne me prends pas pour Napoléon (quoi que…) et je ne fais pas 13 fois le tour de la table avant de m’assoir pour aller manger; mais je fais des statistiques et des plannings à tour de bras…
La thèse n’y loupe pas: planning, retro-planning, calcul de la durée de la rédaction d’une page dans un environnement optimisé, génération de tableurs Excel pour contrôler a posteriori le rendement rédactionnel sur un titre, un chapitre, une section, un paragraphe…
Bref, j’ai fait plein de tableaux, de calculs et (presque) jamais aucun n’a été tenu sur la longueur. Non pas à cause d’un arrêt de l’écriture de la thèse, mais simplement par plusieurs faits internes et externes (et je ne parle pas ici des facteurs liés au directeur de thèse):
- Approfondissement de paragraphes: le premier et le principal retard dans les prévisions, c’est le rallongement des paragraphes rédigés car il est nécessaire d’approfondir une notion, d’expliquer un concept, de préciser un raisonnement logique, etc. Donc au lieu de faire 5 pages, on en fait 10, doublant le temps de rédaction de base, et rajoutant encore du temps en plus lié aux recherches nécessaires pour trouver les références utiles.
- Cumul avec les cours et TD: la prise en compte du temps de préparation et d’exécution est beaucoup plus importante que prévu. Certes, il y a les préparations, les cours, les corrections de copies qui peuvent être clairement organisés. Mais il y a aussi et surtout la perte de concentration sur la thèse du fait de la multiplication des sollicitations. Par conséquent, l’esprit n’est plus stimulé par la seule thèse, mais aussi par d’autres facteurs. Une perte de temps considérable et peu visible.
- Colloques, tables rondes, réunions de centre, séminaires…: toutes ces petites choses prévues ou moins prévues ajoutent du travail supplémentaire détournant de la thèse; avec les mêmes conséquences que pour les cours.
- Famille: il faut bien leur accorder du temps et céder à quelques invectives vous rappelant que la thèse ce n’est pas toute votre vie…
Quoi qu’il en soit, les plannings que j’ai réussi à tenir étaient établis pour cet été où j’ai réalisé une opération commando pour avancer au maximum dans la rédaction. Je m’y suis tenu car j’étais ulta-concentré dans la rédaction et je n’avais aucune sollicitation extérieure.
Sur ce, je vous propose ma matrice de calcul pouvant vous aider à retro-planifier votre rédaction:
- Je suis parti sur un objectif de 450 pages. Parmi ces 450 pages, nous avons 10 pages de conclusion et 25 pages d’intro. Sachant qu’il y a 8 subdivisions visées, mais que l’on va concentrer l’importance des intro et conclusions que sur les 4 premières subdivisions; cela fait un total d’introductions partielles et de conclusions partielles de 30 (2 parties, 4 titres, 8 chapitres, 16 sections). En moyenne, on est entre 1 et 3 pages, donc en visant petit, comptons 2 pages pour intro+conclu par subdivision, ce qui nous fait: 60 pages. En rédaction pure, on est à 450-60-25-10= 355 pages.
- Nous avons ensuite dit qu’il y avait 64 paragraphes (6ème subdivision), donc 355/64=5,55. Chaque paragraphe fait 5,5 pages. Sachant enfin que la rédaction varie entre 3 et 10 pages par jour, notes et mise en page comprises (oui, les 10p/j, c’était au top de ma forme). En voyant large, ça fait un paragraphe tous les 2 jours, soit 32 jours de rédaction.
- À cela vous ajoutez les 95 pages d’intro et conclusions: 95/5= 19 jours. Donc, la rédaction de la thèse de 450 pages prends 32+19=51 jours, soit moins de 2 mois
. Étonnant, non? Si vous triplez voire quadruplez le temps de recherche, cela fait 8 mois pour une rédaction totale. Comptez 1 mois de relecture personnelle et voilà 3 trimestres qui sont remplis.
Ce calcul prouve bien que toutes les autres activités exigées retardent considérablement la thèse. Si l’on considère que la 1ère année est vouée aux recherches, la rédaction pourrait être bouclée à la fin de la deuxième année. Ce qui rajoute 1 an perdu par les autres activités.
Nous est venue à l’esprit, avec un collègue, l’idée de créer un « Monastère de la Sainte Thèse » où les thésards seraient reclus, cloîtrés et vivraient en autarcie complète. Rédaction forcée pendant au moins 10 heures par jour, corvée de jardinage et de cuisine de 2h par personne et par jour, sur roulement, idem pour le linge et lecture solennelle tous les soirs des passages rédigés. Monacale, mais certainement efficace comme ambiance.
Édit à la suite du commentaire de Philippe (alias Bernard Gui l’Inquisiteur): y ériger, non pas un, mais DEUX monastères, un pour les hommes et un pour les femmes; en effet, la mixité peut aussi être une source de temps perdu, ne serait-ce que par la satisfaction de certains besoins affectifs…. A ce titre, le recours à l’auto-flagellation sera, pour le jeune profès, un moyen de dominer ses pulsions pendant la rédaction.
Je propose donc ouvertement ce système de « Monastère de la Thèse » où l’allocation de recherche serait réduite à deux ans avec obligation de production et de résultat. Ça éviterait toutes les déprimes de la thèse, non?… non?… quoi? vous me prenez pour un taré… vous n’avez peut être pas tort…






