« J’suis large » ou la mauvaise évaluation chronique des plannings

28/12/2011 iWilex 9 commentaires

Je suis psycho-rigide, j’aime l’ordre, l’obligation, les plannings et les calculs statistiques prévisionnels. Non, je ne dors pas dans une chambre où les murs sont molletonnés, je ne me prends pas pour Napoléon (quoi que…) et je ne fais pas 13 fois le tour de la table avant de m’assoir pour aller manger; mais je fais des statistiques et des plannings à tour de bras…

La thèse n’y loupe pas: planning, retro-planning, calcul de la durée de la rédaction d’une page dans un environnement optimisé, génération de tableurs Excel pour contrôler a posteriori le rendement rédactionnel sur un titre, un chapitre, une section, un paragraphe…

Bref, j’ai fait plein de tableaux, de calculs et (presque) jamais aucun n’a été tenu sur la longueur. Non pas à cause d’un arrêt de l’écriture de la thèse, mais simplement par plusieurs faits internes et externes (et je ne parle pas ici des facteurs liés au directeur de thèse):

  • Approfondissement de paragraphes: le premier et le principal retard dans les prévisions, c’est le rallongement des paragraphes rédigés car il est nécessaire d’approfondir une notion, d’expliquer un concept, de préciser un raisonnement logique, etc. Donc au lieu de faire 5 pages, on en fait 10, doublant le temps de rédaction de base, et rajoutant encore du temps en plus lié aux recherches nécessaires pour trouver les références utiles.
  • Cumul avec les cours et TD: la prise en compte du temps de préparation et d’exécution est beaucoup plus importante que prévu. Certes, il y a les préparations, les cours, les corrections de copies qui peuvent être clairement organisés. Mais il y a aussi et surtout la perte de concentration sur la thèse du fait de la multiplication des sollicitations. Par conséquent, l’esprit n’est plus stimulé par la seule thèse, mais aussi par d’autres facteurs. Une perte de temps considérable et peu visible.
  • Colloques, tables rondes, réunions de centre, séminaires…: toutes ces petites choses prévues ou moins prévues ajoutent du travail supplémentaire détournant de la thèse; avec les mêmes conséquences que pour les cours.
  • Famille: il faut bien leur accorder du temps et céder à quelques invectives vous rappelant que la thèse ce n’est pas toute votre vie…

Quoi qu’il en soit, les plannings que j’ai réussi à tenir étaient établis pour cet été où j’ai réalisé une opération commando pour avancer au maximum dans la rédaction. Je m’y suis tenu car j’étais ulta-concentré dans la rédaction et je n’avais aucune sollicitation extérieure.

Sur ce, je vous propose ma matrice de calcul pouvant vous aider à retro-planifier votre rédaction:

  • Je suis parti sur un objectif de 450 pages. Parmi ces 450 pages, nous avons 10 pages de conclusion et 25 pages d’intro. Sachant qu’il y a 8 subdivisions visées, mais que l’on va concentrer l’importance des intro et conclusions que sur les 4 premières subdivisions; cela fait un total d’introductions partielles et de conclusions partielles de 30 (2 parties, 4 titres, 8 chapitres, 16 sections). En moyenne, on est entre 1 et 3 pages, donc en visant petit, comptons 2 pages pour intro+conclu par subdivision, ce qui nous fait: 60 pages. En rédaction pure, on est à 450-60-25-10= 355 pages.
  • Nous avons ensuite dit qu’il y avait 64 paragraphes (6ème subdivision), donc 355/64=5,55. Chaque paragraphe fait 5,5 pages. Sachant enfin que la rédaction varie entre 3 et 10 pages par jour, notes et mise en page comprises (oui, les 10p/j, c’était au top de ma forme). En voyant large, ça fait un paragraphe tous les 2 jours, soit 32 jours de rédaction.
  • À cela vous ajoutez les 95 pages d’intro et conclusions: 95/5= 19 jours. Donc, la rédaction de la thèse de 450 pages prends 32+19=51 jours, soit moins de 2 mois ;) . Étonnant, non? Si vous triplez voire quadruplez le temps de recherche, cela fait 8 mois pour une rédaction totale. Comptez 1 mois de relecture personnelle et voilà 3 trimestres qui sont remplis.

Ce calcul prouve bien que toutes les autres activités exigées retardent considérablement la thèse. Si l’on considère que la 1ère année est vouée aux recherches, la rédaction pourrait être bouclée à la fin de la deuxième année. Ce qui rajoute 1 an perdu par les autres activités.

Nous est venue à l’esprit, avec un collègue, l’idée de créer un « Monastère de la Sainte Thèse » où les thésards seraient reclus, cloîtrés et vivraient en autarcie complète. Rédaction forcée pendant au moins 10 heures par jour, corvée de jardinage et de cuisine de 2h par personne et par jour, sur roulement, idem pour le linge et lecture solennelle tous les soirs des passages rédigés. Monacale, mais certainement efficace comme ambiance.

Édit à la suite du commentaire de Philippe (alias Bernard Gui l’Inquisiteur): y ériger, non pas un, mais DEUX monastères, un pour les hommes et un pour les femmes; en effet, la mixité peut aussi être une source de temps perdu, ne serait-ce que par la satisfaction de certains besoins affectifs…. A ce titre, le recours à l’auto-flagellation sera, pour le jeune profès, un moyen de dominer ses pulsions pendant la rédaction.

Je propose donc ouvertement ce système de « Monastère de la Thèse » où l’allocation de recherche serait réduite à deux ans avec obligation de production et de résultat. Ça éviterait toutes les déprimes de la thèse, non?… non?… quoi? vous me prenez pour un taré… vous n’avez peut être pas tort…

La solitude du thésard: réalité ou illusion?

20/11/2011 iWilex 7 commentaires

Ce billet m’est inspiré à l’instant par un souvenir assez récent d’une interview que j’avais donné, avec d’autres collègues thésards, à une journaliste sur le même sujet et qui a abouti sur l’article « La solitude du thésard de fond ». Elle compare le travail de thèse à une course de fond, que ce soit en ski, à pied, en vélo ou à la nage, le résultat est le même: l’épuisement, la ténacité et enfin l’arrivée.

Mais je me demande bien si la thèse est une véritable solitude ou s’il s’agit plutôt d’un sentiment d’isolement et d’incompréhension. Je m’explique.

L’incompréhension

Vu que l’environnement du thésard, en dehors de l’université, est composé à 98% de personnes qui n’ont pas effectué de doctorat, il est normal que l’on se sente à la marge de cette société active qui ne parle que de benchmarking, de Conf’Call et de bilan d’activités. Pour autant, un désosseur-découpeur :-) n’est pas forcément plus « in » dans la société que le thésard. Son métier est incompris, drôle, mais pour autant utile. C’est bien sur ce dernier point que la fracture résiste: mais à quoi sert ta thèse?

Transmettre le sentiment d’utilité de la thèse

Alors, certes, une thèse sur « Les anticorps contre le VIH » aura toujours plus d’importance scientifique et sociale que « L’analyse du mariage dans la noblesse de Charleville-Mézières et la fonction symbolique de la Meuse dans la dentelle des robes de mariée entre 1457 et 1463« . Pour autant, une bonne partie des thèses a une utilité scientifique importante et un impact social intéressant en participant à la construction d’un champ de connaissances théoriques qui aboutissent à des avancées sociales, scientifiques, économiques, juridiques, etc. D’évidence, la thèse est toujours très dense, étudiant un objet précis, trop précis pour le commun. Par conséquent, cet épiphénomène, cet objet non fondamental, est perçu comme futile, désuet d’un intérêt nécessitant plusieurs années d’études et de financement. Non pas une fatalité, cette situation est toutefois inextricable puisque le fossé entre le travail du thésard et sa réception dans la société lambda sera toujours présent. La solitude du thésard ne peut donc pas provenir de ce sentiment, puisqu’il est l’essence même d’une thèse… À moins que l’on se soit cru un chercheur révolutionnaire… mais là, c’est un problème d’égo!

Le travail de thèse

Voilà le coeur du problème pour certains: le travail de thèse est un travail  solitaire. Certains le découvrent une fois en thèse, après avoir passé plusieurs mois dans leurs bouquins, expérimentations ou enquêtes ou en se trouvant seuls face à la rédaction… Des moments de doute, de stress, d’échecs, de joie, de découvertes, de gratification, de désespoir… comme dans tout travail mené sur le long terme. Ne pas craquer et se remobiliser rapidement. Finalement, ce genre de doute n’a rien à voir avec la solitude, simplement avec la motivation personnelle et la force de caractère à développer afin de surmonter les difficultés. Personne ne le fera à votre place, normal. Le travail de thèse est solitaire, mais ne mène pas à la solitude, dans sa forme psychologique destructrice.

L’encadrement du thésard

La solitude provient également de l’encadrement du thésard qui n’est pas toujours optimale. Parfois absent, parfois invisible, souvent difficile à contacter et à rencontrer, le directeur de thèse est la personne qui fait naître le sentiment de solitude des thésards. Je n’ai pas assez d’expérience de ces pratiques pour témoigner, mais je peux comprendre ce sentiment d’abandon scientifique qu’une telle attitude peut générer. Alors bon… Il faut se rappeler avant tout qu’il s’agit d’une relation humaine et que les humains, aussi titrés soient-ils, peuvent être dépourvus de la dose d’humanisme nécessaire pour encadrer de jeunes chercheurs…

Pour ma part, j’ai de la chance d’avoir un directeur de thèse très présent, non pas parce qu’il exige des rendez-vous toutes les semaines, mais parce qu’il est disponible dès que je le sollicite pour parler de mes recherches, de ses avancées, mais également des difficultés (et ce n’est pas de la lèche en vue de la soutenance, car il ne connaît pas l’existence de ce blog!! ;-) ).

Conclusion

Le travail de thèse est, par essence, un travail solitaire, mais n’entraînant pas nécessairement la solitude. Il ne faut pas confondre la solitude sociale dans laquelle un thésard se trouve et son travail solitaire.

Si je peux donner quelques conseils aux futurs thésards ou à ceux qui commencent, c’est avant tout de prendre conscience de la difficulté, non pas scientifique, mais matérielle et temporelle du travail de thèse. La thèse, c’est une traversée de trois à six ans (en majorité) d’un secteur très étroit et pour lequel l’on croit qu’il est le plus important. Tout va tourner autour de son sujet, les pensées sont quotidiennement orientée vers la thèse, même si l’on est à Santa-Monica, CA. Bref, la thèse, un travail de fond. Et un travail solitaire car seul son auteur peut la rédiger et en tirer les conclusions ayant un impact sur la matière en général. Pour autant, la solitude ne vient pas de ce travail solitaire, mais d’un problème de relation sociale et de distanciation avec la thèse. Accepter les règles du jeu dès le départ et ne pas les remettre en cause pour éviter la déprime. Éviter le syndrome de l’éternel étudiant qui remet toujours à demain en pensant qu’il a le temps, etc.

Simplement, pour ceux qui ne sont pas financés, comme moi, et qui doivent travailler pour gagner leur croute, payer leur logement et se nourrir d’autre chose que des légumes baignant dans l’huile du Crous, l’organisation et la motivation sont encore plus compliquées. Mais, paradoxalement, ceux qui n’abandonnent pas ont un meilleur rapport avec la thèse, une volonté plus marquée et une plus faible propension à se laisser aller…

Pour ma part, je travaille ma thèse comme s’il s’agissait d’un « vrai » travail professionnel, avec des horaires strictes. Tous les matins, réveil, arrivée « au bureau » tôt et y rester toute la journée; le soir, décompression pour se changer les idées. Et surtout, garder son objectif en tête et l’assumer. La thèse, c’est cela, une ascèse acceptée, assumée et honorée.

Les commentaires sont ouverts pour en débattre et partager les expériences.

 

La thèse rend-elle bête?

03/09/2011 iWilex 10 commentaires

Voilà déjà quelques temps que je me pose la question. Elle m’est réapparue à l’esprit à travers le billet du Lapin Observateur qui s’est posé exactement la même question.

La question n’étant pas « Suis-je bête de faire une thèse? », mais bien « Ma thèse me rend-elle bête? » (idiot, stupide, con, borné, vieux crouton, fan de Secret Story… enfin, tous ces qualificatifs bien sympathiques).

Après en avoir discuté avec quelques collègues, je me suis rendu que l’on est plusieurs à partager ce sentiment. Voici plusieurs années (3 pour ma part, 5 pour d’autres – IL se reconnaîtra ;-) ) de travail sur un sujet unique que l’on commence à maîtriser un peu (bien que le jury, lors de la soutenance, aura l’envie de nous rappeler que ce n’est pas le cas!) et qu’on lit qu’une seule littérature! Et le reste alors?

Pour ma part, fini les Courrier International, les Monde Diplomatique, les essais, la littérature, etc. Oui, bon, ok, fini aussi les émissions d’Arte, les ciné moldaves (non, je déconne; je suis plutôt ciné bélarusse! )

La thèse, ça rend chèvre!

Subsistent beaucoup de conneries: sites à la con, blogs, vidéos pourries, blagues potaches… Rien qui tire l’esprit vers le haut.

D’ailleurs, j’ai l’impression d’avoir perdu en culture générale, notamment lorsque j’échange avec des camarades de fac qui ont continué leur chemin sans thèse… Dur.

Bref, il me tarde de finir la thèse pour pouvoir enfin attaquer d’autres lectures, plus saines, plus sympa et pour retrouver une activité cérébrale autre que celle touchant mon sujet.

Il ne s’agit pas de connerie naissante, mais de concentration intellectuelle, de centrifugeuse spirituelle (certains y voient du mysticisme), de parcours dans le désert, d’une visite en terres de Johnny, d’une rencontre avec des joueurs de foot… heu, j’arrête, je vais en vexer certains…

Aller, je vous laisse la parole: trouvez-vous que la thèse rend bête? (la période « thésard » et non pas d’après thèse) ??

Bilan de la campagne d’ATER

02/09/2011 iWilex 2 commentaires

Je prends quelques secondes ce soir, car je n’ai finalement pas encore rédigé la suite de mon billet sur la campagne d’ATER du printemps dernier.

Je me suis épanché longuement sur les incohérences des méthodes de constitution des dossiers et de l’absence de cohésion entre les universités pour harmoniser le recrutement.

Finalement, les réponses furent dans la même lignée. Une bonne partie des universités ne répond pas, malgré les enveloppes que l’on a jointes lors de l’envoi du dossier.

Lorsque les réponses sont positives, c’est toujours fait par téléphone; réponse immédiate ou très rapide obligée. Les « parisiennes » font des entretiens. Le double de candidats que de postes, une demi-journée d’attente dans le couloir pour être confronté à une commission d’une bonne dizaine de professeurs… Rien d’impressionnant, hein ;-) .

La difficulté réside donc dans la sélection des propositions.

Bon, pour ma part, cette période s’est bien voire très bien passée :-D donc pas de souci ;-) . Je peux rédiger sereinement et préparer la nouvelle année avec sérénité!

Été pourri, la thèse avance

18/08/2011 iWilex un commentaire

La météo est-elle un facteur influent sur l’avancée de la thèse? Bonne question…

Bon, ok, vous allez me tomber dessus, surtout les parisiens en disant qu’étant à Aix-en-Provence, mon été n’est pas si pourri que celui que vous avez connu (ahahah!). Mais quand même, il n’a pas fait si beau et si chaud que l’année passée.

Rappelez-vous, j’avais explosé en plein été et pris des vacances bien méritées. Je vous l’avais avoué dans ce billet, mais pourtant j’étais très motivé, comme annoncé dans un précédent article

Cette année, c’est pareil, je suis hyper, ultra, méga, giga motivé pour rédiger cet été. Et, cette fois-ci, je n’ai pas lâché! Nous sommes au 18 août et je n’ai pas pris de vacances! Je ne fait que rédiger, grace à un squattage de l’université au mois d’août.

Résultat: concentration tibétaine, abnégation turque, rigueur allemande, discipline spartiate et rédaction intense de la thèse. Ça avance plutôt bien… Mais, déjà, se pointent les futures obligations liées à la rentrée: surveillances, corrections de copies, obligations diverses, colloques, etc.

Mon bureau, heu non... Le temps pourri en Provence, heu non... en fin, bref... ça bosse dur, hein!!

Finalement, seules les vacances d’été permettent véritablement de prendre le temps de la rédaction… Comme je l’ai dit à un étudiant qui, au mois de mai dernier, me souhaitait de bonnes vacances, je lui avais répondu que les miennes se terminaient. Et oui, c’est plus reposant de préparer ses cours que d’être concentré 10 heures par jour durant tout l’été à la rédaction de détails insignifiants, absolument fondamentaux!… Dure réalité de la thèse.

Bref, j’avais débuté ce billet en parlant de météo! Alors, oui, le temps mitigé favorise le travail ou, plus précisément, l’absence de beau temps permet de moins se laisser tenter par l’oisiveté. Pour le bulletin météo, c’est par ici: Oh, il fait moche à Paris et beau à Aix :p. Bon, ok, j’arrête de vous narguer… gnagnagna

En fait, en étant au bureau, je n’ai pas vu le temps dehors… Et je n’ai pas pris le temps de le regarder…

Que rend heureux un thésard pendant les grandes vacances?

17/07/2011 iWilex un commentaire

À Bonne question, réponse courte.

Non, ce n’est pas la possibilité offerte de partir 3 mois à l’étranger, de faire le tour du monde à l’envers, de pioncer sur le sable fin tout l’été, de faire la tournée des ferias…

Non, en fait, ce qui rend les thésards de mon centre heureux (moi le premier!); c’est d’avoir réussi à obtenir une autorisation spéciale pour venir travailler dans nos bureaux pendant le mois d’août, alors que l’université est totalement fermée!

Ça, c’est une sacrée bonne nouvelle!!

Mais, quand on arrive à ce point de réjouissance; on se pose des questions pour savoir si on n’est pas passé de l’autre côté, celui des psychopathes de la thèse…