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Archives pour la catégorie ‘Le thésard, ce glandeur!’

La solitude du thésard: réalité ou illusion?

20/11/2011 iWilex 8 commentaires

Ce billet m’est inspiré à l’instant par un souvenir assez récent d’une interview que j’avais donné, avec d’autres collègues thésards, à une journaliste sur le même sujet et qui a abouti sur l’article « La solitude du thésard de fond ». Elle compare le travail de thèse à une course de fond, que ce soit en ski, à pied, en vélo ou à la nage, le résultat est le même: l’épuisement, la ténacité et enfin l’arrivée.

Mais je me demande bien si la thèse est une véritable solitude ou s’il s’agit plutôt d’un sentiment d’isolement et d’incompréhension. Je m’explique.

L’incompréhension

Vu que l’environnement du thésard, en dehors de l’université, est composé à 98% de personnes qui n’ont pas effectué de doctorat, il est normal que l’on se sente à la marge de cette société active qui ne parle que de benchmarking, de Conf’Call et de bilan d’activités. Pour autant, un désosseur-découpeur :-) n’est pas forcément plus « in » dans la société que le thésard. Son métier est incompris, drôle, mais pour autant utile. C’est bien sur ce dernier point que la fracture résiste: mais à quoi sert ta thèse?

Transmettre le sentiment d’utilité de la thèse

Alors, certes, une thèse sur « Les anticorps contre le VIH » aura toujours plus d’importance scientifique et sociale que « L’analyse du mariage dans la noblesse de Charleville-Mézières et la fonction symbolique de la Meuse dans la dentelle des robes de mariée entre 1457 et 1463« . Pour autant, une bonne partie des thèses a une utilité scientifique importante et un impact social intéressant en participant à la construction d’un champ de connaissances théoriques qui aboutissent à des avancées sociales, scientifiques, économiques, juridiques, etc. D’évidence, la thèse est toujours très dense, étudiant un objet précis, trop précis pour le commun. Par conséquent, cet épiphénomène, cet objet non fondamental, est perçu comme futile, désuet d’un intérêt nécessitant plusieurs années d’études et de financement. Non pas une fatalité, cette situation est toutefois inextricable puisque le fossé entre le travail du thésard et sa réception dans la société lambda sera toujours présent. La solitude du thésard ne peut donc pas provenir de ce sentiment, puisqu’il est l’essence même d’une thèse… À moins que l’on se soit cru un chercheur révolutionnaire… mais là, c’est un problème d’égo!

Le travail de thèse

Voilà le coeur du problème pour certains: le travail de thèse est un travail  solitaire. Certains le découvrent une fois en thèse, après avoir passé plusieurs mois dans leurs bouquins, expérimentations ou enquêtes ou en se trouvant seuls face à la rédaction… Des moments de doute, de stress, d’échecs, de joie, de découvertes, de gratification, de désespoir… comme dans tout travail mené sur le long terme. Ne pas craquer et se remobiliser rapidement. Finalement, ce genre de doute n’a rien à voir avec la solitude, simplement avec la motivation personnelle et la force de caractère à développer afin de surmonter les difficultés. Personne ne le fera à votre place, normal. Le travail de thèse est solitaire, mais ne mène pas à la solitude, dans sa forme psychologique destructrice.

L’encadrement du thésard

La solitude provient également de l’encadrement du thésard qui n’est pas toujours optimale. Parfois absent, parfois invisible, souvent difficile à contacter et à rencontrer, le directeur de thèse est la personne qui fait naître le sentiment de solitude des thésards. Je n’ai pas assez d’expérience de ces pratiques pour témoigner, mais je peux comprendre ce sentiment d’abandon scientifique qu’une telle attitude peut générer. Alors bon… Il faut se rappeler avant tout qu’il s’agit d’une relation humaine et que les humains, aussi titrés soient-ils, peuvent être dépourvus de la dose d’humanisme nécessaire pour encadrer de jeunes chercheurs…

Pour ma part, j’ai de la chance d’avoir un directeur de thèse très présent, non pas parce qu’il exige des rendez-vous toutes les semaines, mais parce qu’il est disponible dès que je le sollicite pour parler de mes recherches, de ses avancées, mais également des difficultés (et ce n’est pas de la lèche en vue de la soutenance, car il ne connaît pas l’existence de ce blog!! ;-) ).

Conclusion

Le travail de thèse est, par essence, un travail solitaire, mais n’entraînant pas nécessairement la solitude. Il ne faut pas confondre la solitude sociale dans laquelle un thésard se trouve et son travail solitaire.

Si je peux donner quelques conseils aux futurs thésards ou à ceux qui commencent, c’est avant tout de prendre conscience de la difficulté, non pas scientifique, mais matérielle et temporelle du travail de thèse. La thèse, c’est une traversée de trois à six ans (en majorité) d’un secteur très étroit et pour lequel l’on croit qu’il est le plus important. Tout va tourner autour de son sujet, les pensées sont quotidiennement orientée vers la thèse, même si l’on est à Santa-Monica, CA. Bref, la thèse, un travail de fond. Et un travail solitaire car seul son auteur peut la rédiger et en tirer les conclusions ayant un impact sur la matière en général. Pour autant, la solitude ne vient pas de ce travail solitaire, mais d’un problème de relation sociale et de distanciation avec la thèse. Accepter les règles du jeu dès le départ et ne pas les remettre en cause pour éviter la déprime. Éviter le syndrome de l’éternel étudiant qui remet toujours à demain en pensant qu’il a le temps, etc.

Simplement, pour ceux qui ne sont pas financés, comme moi, et qui doivent travailler pour gagner leur croute, payer leur logement et se nourrir d’autre chose que des légumes baignant dans l’huile du Crous, l’organisation et la motivation sont encore plus compliquées. Mais, paradoxalement, ceux qui n’abandonnent pas ont un meilleur rapport avec la thèse, une volonté plus marquée et une plus faible propension à se laisser aller…

Pour ma part, je travaille ma thèse comme s’il s’agissait d’un « vrai » travail professionnel, avec des horaires strictes. Tous les matins, réveil, arrivée « au bureau » tôt et y rester toute la journée; le soir, décompression pour se changer les idées. Et surtout, garder son objectif en tête et l’assumer. La thèse, c’est cela, une ascèse acceptée, assumée et honorée.

Les commentaires sont ouverts pour en débattre et partager les expériences.

 

Été pourri, la thèse avance

18/08/2011 iWilex un commentaire

La météo est-elle un facteur influent sur l’avancée de la thèse? Bonne question…

Bon, ok, vous allez me tomber dessus, surtout les parisiens en disant qu’étant à Aix-en-Provence, mon été n’est pas si pourri que celui que vous avez connu (ahahah!). Mais quand même, il n’a pas fait si beau et si chaud que l’année passée.

Rappelez-vous, j’avais explosé en plein été et pris des vacances bien méritées. Je vous l’avais avoué dans ce billet, mais pourtant j’étais très motivé, comme annoncé dans un précédent article

Cette année, c’est pareil, je suis hyper, ultra, méga, giga motivé pour rédiger cet été. Et, cette fois-ci, je n’ai pas lâché! Nous sommes au 18 août et je n’ai pas pris de vacances! Je ne fait que rédiger, grace à un squattage de l’université au mois d’août.

Résultat: concentration tibétaine, abnégation turque, rigueur allemande, discipline spartiate et rédaction intense de la thèse. Ça avance plutôt bien… Mais, déjà, se pointent les futures obligations liées à la rentrée: surveillances, corrections de copies, obligations diverses, colloques, etc.

Mon bureau, heu non... Le temps pourri en Provence, heu non... en fin, bref... ça bosse dur, hein!!

Finalement, seules les vacances d’été permettent véritablement de prendre le temps de la rédaction… Comme je l’ai dit à un étudiant qui, au mois de mai dernier, me souhaitait de bonnes vacances, je lui avais répondu que les miennes se terminaient. Et oui, c’est plus reposant de préparer ses cours que d’être concentré 10 heures par jour durant tout l’été à la rédaction de détails insignifiants, absolument fondamentaux!… Dure réalité de la thèse.

Bref, j’avais débuté ce billet en parlant de météo! Alors, oui, le temps mitigé favorise le travail ou, plus précisément, l’absence de beau temps permet de moins se laisser tenter par l’oisiveté. Pour le bulletin météo, c’est par ici: Oh, il fait moche à Paris et beau à Aix :p. Bon, ok, j’arrête de vous narguer… gnagnagna

En fait, en étant au bureau, je n’ai pas vu le temps dehors… Et je n’ai pas pris le temps de le regarder…

Que rend heureux un thésard pendant les grandes vacances?

17/07/2011 iWilex un commentaire

À Bonne question, réponse courte.

Non, ce n’est pas la possibilité offerte de partir 3 mois à l’étranger, de faire le tour du monde à l’envers, de pioncer sur le sable fin tout l’été, de faire la tournée des ferias…

Non, en fait, ce qui rend les thésards de mon centre heureux (moi le premier!); c’est d’avoir réussi à obtenir une autorisation spéciale pour venir travailler dans nos bureaux pendant le mois d’août, alors que l’université est totalement fermée!

Ça, c’est une sacrée bonne nouvelle!!

Mais, quand on arrive à ce point de réjouissance; on se pose des questions pour savoir si on n’est pas passé de l’autre côté, celui des psychopathes de la thèse…

La méditation pour avancer dans la rédaction

19/06/2011 iWilex 2 commentaires

Finalement, est-ce la bonne méthode d’écriture que de s’enfermer dans un bureau et de se contraindre à écrire 4-5 pages par jour? Oui, bien évidemment, sur le plan comptable. Pas forcément en terme de qualité rédactionnelle et de pertinence démonstrative.

La méditation, y’a que ça de vrai! Se poser face à la grande bleue, en haut de la montagne, allongé dans les prés ou encore vautré dans son transat à admirer la lune briller au milieu de la voûte étoilée…

Thésard en pleine méditation sur sa thèse

Cette réflexion, ce détachement de la thèse permet de revenir à l’essentiel; le travail d’ensemble. La conscience révélatrice de la dichotomie de l’expérience scientifique; l’analyse de l’expérimentation empirique d’un schéma réflexif  reconstructeur et porteur d’une idéologie enracinée dans l’histoire et dans la pensée de nos prédécesseurs…

La méditation, c’est le moyen d’extirper de son travail la transcendentale métaphysique inhérente à chaque sujet de thèse. Pensez-y, ça vaut le coup de prendre un peu de recul sur son sujet…

Ou alors, c’est une bonne excuse pour se la couler douce; surtout avec ce temps!!! Et, croyez-moi d’expérience, une bonne méditation sur la plage avec une triple glace à l’italienne, prolongée par une fin de journée à la terrasse du port avec une bonne pression fraîche, y’a que ça de vrai!!! La thèse n’avance pas, mais on fait marcher l’économie!

La fable de la thèse

14/04/2011 iWilex 8 commentaires

C’est l’histoire d’un lapin qui fait une thèse. Le premier jour, il rencontre un loup qui lui demande :

- Eh, qu’est-ce que tu fais dans la vie, mon bon lapin ?
- Je fais une thèse !
- Une thèse ?? Hi, hi et c’est quoi ton sujet ?
- De la supériorité du lapin sur le loup

Écroulé de rire, le loup n’en croit mot. Et le lapin insiste :

-Si tu ne me crois pas, tu n’as qu’a venir chez moi, je te montrerai !

Le loup, se disant qu’après tout il n’était pas pressé, et que de toute façon il pouvait manger ce lapin quand il le voulait sans aucun problème, accepte le rendez-vous.
On ne revit jamais plus le loup…

Un mois plus tard, le lapin rencontre un tigre qui lui demande :

-Eh qu’est-ce que tu fais dans la vie, mon bon lapin ?
-Je fais une thèse !
- Une thèse ?? Et c’est quoi ton sujet ?
- « De la supériorité du lapin sur le tigre »

Le tigre n’en plus de rire, et le lapin insiste:

-Si tu ne me crois pas, tu n’as qu’a venir chez moi, je te montrerai !

Le tigre accepte le rendez-vous chez le lapin.
On ne revit plus jamais le tigre…

Un mois plus tard, un renard rencontre le lapin, et là encore, même scénario :

-Eh qu’est-ce que tu fais dans la vie, mon bon lapin ?
-Je fais une thèse !
- Une thèse ?? Et c’est quoi ton sujet ?
- « De la supériorité du lapin sur le renard »

Le renard moqueur, le lapin insiste pour inviter le renard chez lui. Le renard va alors chez le lapin.

Là il découvre un tas d’os de loup, un tas d’os de tigre, un tas d’os de renard, et au milieu de la pièce un lion, c’est le directeur de thèse du lapin.

Morale: peu importe ton sujet de thèse ; ce qui compte c’est le pouvoir de ton directeur.

 

Faut-il être croyant pour faire une thèse?

26/03/2011 iWilex 4 commentaires

À aucun moment avant de se lancer dans la thèse on m’avait dit qu’il fallait avoir la foi! Mais finalement, il s’avère qu’avoir la foi est un élément essentiel pour mener à bien sa thèse. Mille tentations surgissent sur le chemin du salut, des idolâtreries vous détournent de la véritable quête, une errance de 40 ans en terre arride où rien ne pousse, une flagellation quotidienne pour une chemin de croix sinueux et semé d’embuches…

Et rien, non!, rien! Le Néant! Le Vide! L’infiniment Rien! On ne voit pas la lumière! Je l’ai cherchée! Je suis allé m’exiler dans la Provence profonde pour trouver le buisson ardent, j’ai gravi la montagne Sainte-Victoire pour trouver les tables de lois, j’ai chassé les étudiants mécréants du temple Université, j’ai rendu la vue à des étudiants égarés, j’ai fait mes pèlerinages en terre de création du droit (Rome) et de coutume barbare (Marseille ;) ), j’ai honoré la mémoire des vénérables maîtres (On nous oblige, à Aix, à brûler des rameaux en l’honneur du Doyen Favoreau une fois par semaine, et on s’incline devant les portraits de Portalis, Mirabeau, Dumas, Mistral – la gloire locale , et Cézanne), j’ai conduit le peuple « vacataire » égaré vers une contrée plus éclairée (en savoirs, mais pas plus dorée), je me suis rapproché du ciel (Mont-Saint-Michel, basiliques, Sainte-Chapelle, Vatican, etc.),, j’ai illuminé les destins de nombreuses âmes vides, j’ai même rapproché mes origines culturelles avec celles des amérindiens…

De l'obscurité naquit la Lumière

Mais rien n’y fait, strictement rien! Je ne vois toujours pas le bout du tunnel, aucune lumière révélatrice en vue, aucun ange annonciateur d’une merveilleuse nouvelle, pas d’étoile ultra-brillante, pas d’étable… C’est pas faute d’avoir essayé de multiplier les Pains et les Poissons, d’avoir voulu marcher sur l’eau… et pas réussi non plus à changer l’eau du robinet en Mouton-Rothschild… Mais, bonne nouvelle, pas d’archange non plus, pas de chiffre de la Bête, les quatre Cavaliers (même pas un) ne sont pas là… Bref, tout va bien finalement, je suis juste dans le néant comme toute l’Humanité.

Il suffit donc d’avoir la Foi, on verra ensuite ce qu’il se passera. D’ailleurs, cela m’inspire une citation littéraire:

Il était une fois, un marchand de foie qui vendait du foie dans la ville de Foix. Une fois, il s’est dit « ma foi, ce n’est pas la première fois mais la dernière fois que je vends du foie dans la ville de Foix! »

La thèse, c’est donc une question de foi, mais aussi de foie! Il faut bien se nourrir et profiter des petits plaisirs terrestres, plutôt que de seulement s’abreuver de nourriture spirituelle! Le Foie est donc le meilleur ami du thésard qui tente de noyer son désespoir dans la Guiness et dans toutes les fêtes de la bière!

Oui, il faut donc être croyant pour faire une thèse! Mais l’objet de la croyance est différent en fonction de chaque affinité! Comme je le dis souvent, Dieu croit en Moi, Moi, je crois en Moi!

Amen (-moi le pastis)!